16 sept. 2026 · Coolair Group Engineering · 9 minutes de lecture

Analyse vibratoire sur pompe à boue minière : accéléromètre piézo et collecteur FFT

Analyse vibratoire d'une pompe à boue : diagnostic fréquentiel sur site minier

Une pompe à boue vibre. C'est normal : la pulpe qui traverse l'impulseur génère des impulsions hydrauliques, et le balourd résiduel du rotor ajoute sa composante. La question n'est pas de savoir s'il y a de la vibration, mais de savoir ce qui la compose. Une analyse FFT (Transformée de Fourier Rapide) permet de séparer les contributions et de pointer le défaut avant la casse.

Cet article présente la méthode de diagnostic fréquentiel applicable aux pompes centrifuges horizontales à boue (3/2 à 10/8), sur les sites miniers d'or et de cuivre. Les seuils cités sont conformes à ISO 10816-3, ajustés pour les conditions réelles d'une pulpe minérale.

Sommaire

  1. Principe du diagnostic vibratoire
  2. Signatures fréquentielles des défauts courants
  3. Prise de mesure sur le terrain
  4. Lecture du spectre FFT
  5. Seuils ISO 10816 adaptés à la pulpe
  6. Cas des sites isolés sans analyseur FFT
  7. Programme de surveillance et périodicité
  8. Questions fréquentes

1. Principe du diagnostic vibratoire

Le diagnostic vibratoire repose sur une idée simple : chaque défaut mécanique génère une vibration à une fréquence caractéristique. En décomposant le signal vibratoire global (mesuré en accélération ou en vitesse) en ses composantes fréquentielles, on identifie quelle fréquence domine, et on en déduit le défaut responsable.

Pour une pompe centrifuge horizontale à boue, la fréquence de référence est la fréquence de rotation (1X). Une pompe à 1 450 tr/min tourne à 24,2 Hz. Le déséquilibre apparaît à 1X (24,2 Hz), le désalignement à 1X et 2X (24,2 et 48,3 Hz), les défauts de roulement à des fréquences calculées à partir de la géométrie du roulement (BPFO, BPFI, BSF), la cavitation dans une bande large 200-800 Hz.

Un analyseur FFT portatif coûte entre 800 et 6 000 euros selon la marque et les fonctions. Un accéléromètre piézo simple (100 à 300 euros) suffit si l'opérateur sait lire un spectre. Sur les sites où l'analyse FFT n'est pas disponible, la combinaison accéléromètre + stéthoscope mécanique donne 70 % de l'information utile.

2. Signatures fréquentielles des défauts courants

Sept défauts couvrent 90 % des causes de vibration anormale sur une pompe à boue. Chacun a sa signature spectrale.

DéfautFréquence caractéristiqueForme du spectreCause la plus fréquente
Déséquilibre1X (24,2 Hz à 1450 tr/min)Pic isolé, dominant radialementUsure inégale de l'impulseur, accumulation de pulpe sur les aubes
Désalignement1X + 2X, dominant axialement2 pics, 2X souvent plus haut que 1XDéfaut de cale, dilatation thermique, fondations déformées
Desserrage mécaniqueMultiples harmoniques de 1XPics 1X, 2X, 3X, 4X rapprochésBoulons de base desserrés, pieds de pompe fissurés
Défaillance roulement (BPFO)Multiples de la fréquence de cage (0,4 X typique)Raies fines à 0,4X, 0,8X, 1,2XGraissage insuffisant, surcharge axiale, défaut de montage
CavitationBande large 200-800 HzPic aléatoire non synchroniséNPSH insuffisant, crépine colmatée, bassin bas
Tourbillon de recirculation0,3 à 0,5 XPic basse fréquence, instablePompe tournant trop loin à gauche de sa courbe
Fréquence de pale (vane pass)Nb aubes × 1X (5 aubes × 24,2 = 121 Hz)Pic étroit à fréquence paleInteraction pale / volute,recirculation interne

Sur les pompes à boue, le pic de fréquence de pale est presque toujours présent du fait de la géométrie de la volute. Quand ce pic augmente de 30 % d'une mesure à l'autre, il signale une recirculation accrue : l'impulseur commence à se rapprocher de ses limites hydrauliques.

3. Prise de mesure sur le terrain

Trois règles de mesure évitent la majorité des erreurs d'interprétation :

Sur les sites où la pompe change de débit selon les shifts (cyclones, batch), la mesure doit être faite au même débit à chaque campagne. Un point de fonctionnement différent déplace les pics de fréquence de pale et fausse la comparaison dans le temps.

4. Lecture du spectre FFT

Le spectre s'affiche avec la fréquence en abscisse (Hz) et l'amplitude en ordonnée (mm/s pour la vitesse, g pour l'accélération). Trois éléments à regarder dans l'ordre :

  1. Le pic dominant à 1X : s'il est seul et isolé, c'est un déséquilibre. Vérifier l'impulseur (usure, dépôts) et l'état des ailettes de refroidissement du moteur (casse d'une ailette = déséquilibre).
  2. Les harmoniques 2X, 3X : s'ils apparaissent avec un 2X plus haut que 1X en axial, c'est un désalignement. Reprendre l'alignement avec un comparateur à cadran.
  3. Les pics haute fréquence (> 200 Hz) : bande large = cavitation, raies fines = défaut de roulement ou engrenage (rare sur pompe centrifuge).

Sur les sites miniers d'Afrique de l'Ouest (Burkina Faso, Mali, Côte d'Ivoire), la température ambiante élevée (jusqu'à 42 °C) et la poussière provoquent des dérives lentes du spectre. Une mesure de référence après chaque révision générale est indispensable pour comparer les mesures de routine.

5. Seuils ISO 10816 adaptés à la pulpe

La norme ISO 10816-3 classe les machines rotatives selon leur puissance et leur type de fondation. Pour une pompe à boue de 15 à 75 kW sur fondation rigide, classe II :

ZoneVitesse RMS (mm/s)Signification opérationnelleAction
A — Bon< 2,8Fonctionnement normalMesure de routine selon programme
B — Acceptable2,8 à 4,5Surveillance renforcéeMesure hebdomadaire, auscultation stéthoscope
C — Insatisfaisant4,5 à 7,1Intervention à planifierArrêt sous 7 jours pour contrôle alignement et palier
D — Alarme> 7,1Risque de casse imminentArrêt immédiat

Ajustement pompage de boue : ajouter 1,0 à 1,5 mm/s aux seuils ISO. Les impulsions de la pulpe sur les aubes génèrent un bruit de fond vibratoire qui n'existe pas sur l'eau claire. Une pompe à boue à 4,5 mm/s RMS n'est pas forcément défaillante, alors qu'une pompe à eau claire à ce niveau déclenche déjà une investigation.

6. Cas des sites isolés sans analyseur FFT

Sur les sites isolés de Guyane française, du Sahel ou des hautes Andes, l'analyseur FFT n'est souvent pas disponible. Trois outils manuels donnent une partie de l'information :

La règle empirique qui marche sur les sites isolés : si la vibration augmente de plus de 30 % entre deux mesures mensuelles consécutives, planifier un arrêt d'investigation dans la semaine. Cette règle simple a évité des casses d'arbre sur des sites de Houndé et d'Essakane où l'analyse FFT était réservée aux moteurs critiques.

7. Programme de surveillance et périodicité

La périodicité dépend du rang de la pompe dans la chaîne de production.

Rang de la pompePériodicitéOutilCritère d'arrêt
Critique (underflow, flash, cyclone feed)HebdomadaireFFT portatifZone C ISO (> 4,5 mm/s + 1,5)
Importante (overland, transfert)MensuelleFFT ou accéléromètre digitalZone C ISO (> 4,5 mm/s + 1,5)
Secondaire (sump, drainage)TrimestrielleAccéléromètre ou stéthoscopeÉvolution > 30 % entre deux mesures

Pour les pièces d'usure (impulseurs, liners, joints), notre catalogue de pièces liste les références par taille de pompe (1.5/1 à 12/10). Le catalogue impulseurs couvre les modèles A05, A07 et A49, avec les cotes de vérification pour le diagnostic d'usure. Pour les marques compatibles, la page marques compatibles récapitule les correspondances avec KSB LCC, Metso et Flowserve.

Pour aller plus loin sur la maintenance conditionnelle appliquée aux pompes à boue, voir aussi notre article sur la maintenance prédictive et celui sur la détection d'usure d'impulseur.

8. Questions fréquentes

À quelle fréquence mesurer les vibrations d'une pompe à boue ?

Mesure mensuelle sur les pompes en service continu (overland, cyclone feed), hebdomadaire sur les pompes de critical service (underflow épaississeur, flash). Chaque mesure prend 30 secondes par point avec un accéléromètre piézo positionné sur le palier côté pompe, à 90° de l'axe de l'arbre. Sur les sites isolés d'Afrique de l'Ouest, une mesure mensuelle au manomètre digital et une auscultation au stéthoscope complètent le programme quand l'analyse FFT n'est pas disponible.

Comment distinguer une vibration de cavitation d'une vibration de roulement ?

La cavitation apparaît sur le spectre comme un pic large, non synchronisé avec la fréquence de rotation, généralement entre 200 Hz et 800 Hz. Sa signature est aléatoire et corrélée au manomètre d'aspiration : si la pression d'aspiration tombe sous -0,3 bar (vide partiel) au moment où le pic apparaît, c'est de la cavitation. Le roulement défectueux, lui, donne des raies fines aux fréquences BPFO, BPFI et BSF, qui sont des multiples exacts de la fréquence de rotation. La cavitation disparaît quand on baisse le débit ; le roulement continue.

Quels seuils de vibration en mm/s pour une pompe à boue horizontale ?

Référence ISO 10816-3 pour les machines de classe II (puissance 15 à 75 kW, fondations rigides). Zone A : < 2,8 mm/s RMS. Zone B : 2,8 à 4,5 mm/s. Zone C : 4,5 à 7,1 mm/s. Zone D : > 7,1 mm/s. Sur les pompes à boue, on observe souvent un niveau vibratoire de base 30 à 50 % supérieur aux pompes à eau claire, du fait des impulsions de la pulpe sur l'impulseur. On ajuste donc le seuil d'alarme de 1 à 1,5 mm/s par rapport à la norme ISO.

Un capteur de vibration sans fil est-il fiable pour la surveillance continue ?

Pour la surveillance continue 24/7 sur des dizaines de pompes, oui, à condition de choisir un capteur avec protocole IO-Link Wireless ou WirelessHART, fréquence d'échantillonnage >= 1 kHz, et autonomie de batterie >= 5 ans. Les modèles bon marché à 200 euros utilisant le Bluetooth en streaming consomment trop et tiennent 2 à 4 semaines. Sur les sites isolés, la fiabilité prime sur la sophistication : un accéléromètre filaire à 80 euros alimenté par le système d'acquisition reste plus fiable qu'un sans-fil à 800 euros qui tombe en panne batterie.

Que faire quand la vibration monte progressivement sur trois mesures consécutives ?

Trois mesures consécutives en hausse de plus de 15 % chacune déclenchent une investigation. Le protocole en quatre étapes : (1) vérifier le serrage des boulons de la base et de l'accouplement, (2) contrôler la pression d'aspiration au manomètre, (3) ausculter le palier au stéthoscope mécanique pour détecter un bruit de roulement (ronflement basse fréquence) ou un claquement, (4) prévoir l'arrêt et le contrôle d'alignement. Sur les sites isolés, on évite l'arrêt tant que la vibration reste en zone B ; on planifie l'arrêt dans les 7 jours quand on passe en zone C.

Conclusion

L'analyse vibratoire d'une pompe à boue n'a pas besoin d'un laboratoire pour être utile. Un accéléromètre piézo, un point de mesure marqué à 90° du palier côté pompe, et un protocole de lecture FFT en sept défauts suffit à diagnostiquer 90 % des anomalies avant la casse. La clé n'est pas la sophistication de l'appareil, c'est la régularité des mesures et la connaissance de la signature spectrale de chaque pompe.

Pour une pompe de critical service, la périodicité hebdomadaire FFT est rentable dès la première année : un arrêt non planifié de 8 heures sur un concentrateur de cuivre coûte plus cher que dix ans d'analyseur FFT portatif.

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